Je vois toujours Jean-claude revenir dynamisé de ces formations. Ici c'est la première fois que j'ai l'occasion de voir de l'intérieur d'où vient la motivation et l'enthousiasme qui l'animent. Neuf superviseurs en formation sont venus de plusieurs régions du pays pour vivre la consécration des 4 premiers formateurs entièrement « made in Congo ».Quel plaisir de retrouver tous ces visages amis.
La session a commencé par un cercle de partage, où chacun s’est exprimé sur ce qu’il a vécu durant les 3 dernières années et sur ce qu’il a pu mettre en œuvre de la formation à l’accompagnement. J’ai bu leurs paroles, je me suis délectée des expressions et images qui épicent leurs récit .

Le tableau noir est un reflet des moments qui ont jalonné cette semaine qui a abouti à la naissance de la structure congolaise du CPT, l'élection d'un comité de pilotage et à la planification des cours des deux prochaines années qui seront assumées par l'équipe congolais. Jean-Claude et Klaus peuvent s'en aller en paix - tout en se réjouissant de revenir pour d'autres accréditation...
Je vous mets côte à côte quelques bribes des paroles qui ont été dites et les images du jardin
du monastère qui nous a accueillis. La plupart des photos sont de Béatrice Völlmin.
La formation a mis en valeur la personne que je suis et m’a aidé à traverser chocs et déceptions.

Au début de la formation j’ai entendu des mots complétement inconnus pour moi : le verbatim, lection divina, entretien libre. Tout était nouveau : mettre l’attention sur mes émotions, relire mon histoire de vie et toute cette nouveauté me désorientait.
Grâce à l’encadrement j’ai pu entrer dans l’esprit de cette formation. Le CPT est devenu une cure pour soigner mes blessures et renforcer mes capacités. Le système d’auto-évaluation, encouragé par les partages a été une révélation.
Pendant l’année qui a suivi je suis devenu un insatiable lecteur mais j’ai aussi été tiraillé et confronté à la pression des tâches quotidiennes que j’assume comme représentant légal (président de Conseil synodal).
La découverte était si forte que j’ai désiré poursuivre la formation. J’ai commencé à pratiquer l’écoute du cœur, à faire la différence entre émotions et sentiments. La formation a mis en valeur la personne que je suis et m’a aidé à traverser chocs et déceptions.
Dire ce qui j’ai vécu, est difficile à sortir. C’est plus grand que ma bouche. Je n’arrive pas à l’exprimer.
Echo : « Je me souviens de tes pleurs quand tu as commencé à parler de toi, en 2011 et quand tu découvrais ta réelle identité. Tu étais comme un aveugle qui devient voyant. »
Les larmes, quand ça coule, ça guérit…

Pour moi le CPT est une école, un hôpital, une grande famille. C’est là que j’ai compris qui je suis et commencé à intégrer positivement mes déceptions, mes échecs
Il a été un hôpital par rapport à ma situation professionnelle où, à ce moment là, je souffrais de ne pas être reconnu par mon supérieur.
Les larmes, quand ça coule, ça guérit…
C’est à ce moment que lors des visites à l’hôpital, j’ai été confronté à Grâce, la jeune fille défigurée par un abcès. J’ai crié, j’ai voulu fuir en la voyant. J’ai pu verbaliser ma peur et mon choc avec mon superviseur et le lendemain j’ai décidé que c’était moi qui serais son accompagnant. Des liens se sont tissés avec elle et sa mère. Aujourd’hui Grâce, après avoir été opérée sur le bateau-hôpital de Mercy Ship est devenue une belle jeune femme et a repris des études.
Le CPT est aussi pour moi une grande famille. Pendant la 2e session j’ai appris le décès de ma mère, pendant la 3e session que je co-animais très loin de chez moi, à Goma, j’apprends le décès de mon petit frère bien-aimé. J’étais terrassé par la douleur et séparé de ma famille. La présence des frères qui ont pleuré avec moi m’a aidé à laisser couler mes larmes. Je pleurais aussi la nuit, pendant des semaines. Quand je pleure, c’est comme une force qui sort et ça me fait du bien.
Depuis que je suis entré dans l’écoute des autres, j’ai une frustration : je donne mon temps pour les autres, mais quand j’aurais aussi besoin d’être écouté je ne trouve personne disponible autour de moi.
Echos : Si tu as besoin d’être écouté, à toi de créer les conditions pour être entendu.
Quand on est tellement attentif à l’autre, on croit que l’autre ne nous écoute pas. C’est cette fausse croyance qui nous empêche de nous sentir écouté.
Je me laisse guider dans la forêt inconnue qu'est autrui, je l’accompagne pendant qu’il se relève, puisant dans ses ressources personnelles.

Ma première session en 2011 m’a d’abord déstabilisée par rapport à mes acquis. Comprendre mes émotions, mes sentiments, m’exprimer librement sur les réalités importantes à l’intérieur, affronter ma faiblesse était complétement nouveau pour moi. Avec le recul, j’ai compris que je suis comme une forêt pleine de ressources qui n’avais jamais été exploitée.
Le 2e CPT m’a permis de découvrir les ressources de ma forêt. C’est un jeu de rôle de qui m’a ouvert les yeux. Dans ce jeu, l’un joue l’aveugle et l’autre le voyant. Après avoir fait l’expérience on nous dit : celui qui est aveugle n’est pas le malade mais l’accompagnant. Il doit oublier sa propre vision de la situation et se laisser guider par la réalité du malade. Cette découverte a transformé ma pratique. Je cesse de projeter mes pensées sur l'autre. Je me laisse guider dans la forêt inconnue qu'est autrui, je l’accompagne pendant qu’il se relève, puisant dans ses ressources personnelles. C’est lui qui me conduit là où il veut aller. J’ai compris : "jusqu’à maintenant, tu voulais atteindre tes résultats à toi. Renonce. Chemine avec l’accompagné, supporte de ne pas donner de solution. Résiste au piège de vouloir répondre aux besoins des autres".
J’ai commencé un nouveau ministère auprès de jeunes démunis, je me mets à leur écoute, j’établis des liens de confiance. Je réalise qu’ils ont besoin de découvrir leurs capacités. Je cherche comment leur donner des outils pour se prendre en charge eux-mêmes . J’ai commencé un atelier de couture, un salon de coiiffure, j’ai acquis un champ où ils peuvent travailler.
J’ai appris à me libérer de mes freins et à m’extérioriser.

J’ai tellement désiré arriver à ce moment ! J’ai prié que Dieu me disponiblise pour participer à cette formation ! Dans mon église j’occupe un poste d’autorité. Au CPT j’ai été amené à quitter le haut pour rejoindre mes amis. Le CPT est une école de la vie intérieure, un dépouillement spirituel, un brisement de l’orgueil.
Il m’a donné la clé pour découvrir mon identité, j’ai appris à me libérer de mes freins et à m’extérioriser, à faire confiance à ce que j’ai reçu. Tout est nouveau pour moi, ma personnalité, ma communauté, ma vocation. J’élargis mon champ d’expérience, je vais à la prison, à l’école, je me découvre un nouveau zèle, le feu intérieur est ravivé..
Là où il faut dire non, j’arrive à le dire – même s’il faut aller au cachot.

La formation à l’écoute m’a ouvert les yeux sur les non-dits qui me bloquaient. J’ai appris à ne plus hésiter, à faire confiance. J’ai découvert un espace pour voir l’autre dans ses faiblesses et dans ses qualités. J’ai pris courage pour transmettre aux autres ce que j’ai découvert. Là où il faut dire non, j’arrive à le dire – même s’il faut aller au cachot. Ce qui m’est arrivé. J’ai été en prison pendant 2 mois suite à une telle prise de position puis à une fausse accusation.
Je me suis mis à écrire mon journal. Parfois je suis étonné de ce que j’ai écrit

J’ai commencé la formation dans le but de récolter des outils pour « travailler » les autres. Quand j’ai vu que la formation n’offrait pas de syllabus (support de cours) et me renvoyait à moi-même, j’ai compris : la matière, le syllabus c’est moi.
Depuis je me suis mis à écrire mon journal. C’est devenu mon trésor, ma propre bible. En me relisant, je suis surpris : j’apprends de moi-même. Parfois je suis étonné de ce que j’ai écrit.
La thèse doctorale que je suis en train de faire est un tremplin pour aider la suite du travail CPT dans mon hôpital.
J’ai appris à être utile à moi-même.
Le début du CPT m’a projeté dans un grand questionnement-doute : une formation qui n’offre pas de syllabus ce n’est pas sérieux, que vais-je apprendre ici ? J’avais envie de partir. Mais peu à peu j’ai compris la quintescence, et je suis revenu pour la 2e session. l'année suivante. J’ai travaillé sur ma propre personne, vécu une transformation intérieure. La mission nous avait appris à agir "pour les autres" et j’ai appris à cheminer "avec". J’ai changé ma façon de me considérer et de considérer les autres. J’ai appris à être une aide non pas pour les autres mais avec les autres. J’ai appris à être utile à moi-même.
Le CPT n’est pas limité à l’hôpital. Je fais de l’écoute une vie. Je suis entrain d’écrire une thèse sur la voix des sans voix. L’approche CPT est importante pour tous les métiers, juristes, médecins, pasteurs peuvent profiter de nos stratégies.
Je suis devenu conscient de mes blessures...J'ai eu plusieurs deuils à traverser.
Pendant le premier CPT je suis devenu conscient des blessures non guéries, des deuils que je n’avais pas faits. Avec mon superviseur, j’ai pu pleurer pour la première fois, achever le deuil de ma mère. Au retour je suis allé sur la tombe de ma mère avec mon épouse et mon fils. Je les ai aussi menés sur la tombe de mon père et là j’ai réalisé que j’avais rétabli la lignée familiale pour mon fils. Un nouveau décès me frappe, celui le ma sœur qui vient derrière moi. Lors de l’enterrement il y avait ma tante qui venait de perdre son mari. J’ai pu pleurer sans honte (alors que normalement un homme et un pasteur ne le fait pas devant le autres) pendant 30 minutes dans ses bras. Ces larmes m’ont libéré.
Avant tout cela, en 2011, à mon retour du CPT j’apprends que mon poste d’enseignant à l’université a été attribué à un autre et que je suis muté à l’intérieur du pays. C'était un grand choc mais je devais l'accepter. Mais j’ai décidé de rencontrer les autorités de l’université. J’ai pu leur dire mon déaccord, leur dire ma souffrance et je suis parti en paix bien que c’était un immense brisement pour toute ma famille. Maintenant j’ai été rappelé et rétabli dans mes fonctions à la capitale. En même temps j’accompagne des collègues. J’ai un ami neuro-psychiâtre qui a perdu sa femme. Je lui ordonne comme remède de se laisser emporter dans les pleurs. Etant seul de la filière CPT dans ma ville, j’ai envoyé un étudiant faire la foration en France. Lorsqu’il est revenu il s’est assis, sans manifester aucun changement. J’ai compris que je m’étais trompé d’adresse
Je constate que maintenant il est plus facile pour moi de vivre une situation douloureuse.
Ma femme a désiré faire le CPT en même temps que moi...Maintenant elle me tient tête.

En regardant dans le rétroviseur, je constate que je me suis découvert, que j’ai une nouvelle pastorale. Ma femme a désiré faire le CPT en même temps que moi, alors que je n’ai jamais souhaité une femme pasteure, elle est en train de terminer ses études de théologie! Maintenant elle me tient tête, me rappelle ce que nous avons appris ensemble pour la gestion des conflits. Maintenant j’ai une collègue à la maison.
Dans ma vie professionnelle, le Cpt m’a donné beaucoup d’ouvertures.
« Quelle est cette bagatelle ici ? » Mais peu à peu je découvre que j’apprends à mieux vivre mon sacerdoce par la connaissance de moi.
« Quelle est cette bagatelle ici ? » Mais peu à peu je découvre que j’apprends à mieux vivre mon sacerdoce par la connaissance de moi.

Je suis prêtre de l’église catholique et j’ai une formation théologique et humaine poussée. Rien ne m’attirait vers le CPT mais mon curé qui a été contacté par Jean-Claude et Klaus m’appelle à les introduire auprès de l’évêque. A ce moment là j’étais engagé dans le ministère de communication. C’est l’évêque qui décide : « Vous allez me représenter dans cette formation. » Au début j’étais sceptique : je me demandais « Quelle est cette bagatelle ici ? » Mais peu à peu je découvre que j’apprends à mieux vivre mon sacerdoce par la connaissance de moi et je me sens mieux pour accompagner les autres. A la fin lorsque je fais mon compte-rendu l’évêque est étonné de voir que je désire poursuivre la formation – alors que je suis le seul de ma confession au milieu des protestants. C’est vrai que je suis une curiosité, de l’intérieur et de l’extérieur. On me questionne : êtes-vous un vrai prêtre …? que fais-tu au milieu de ces protestants ? Je suis confronté au doute, j’ai des hésitations mais finalement j’opte pour vivre ce que j’ai appris au CPT : ma liberté !
Jeudi le grand jour de l'accréditation
Après les examens de mercredi, le grand jour de la semaine : celui de l'accréditation des quatre nouveaux formateurs CPT Congo: Samuel Aluta, Cyrille Ikomba, Grégoire Ntobo et Joël Kuvuna, en présence du Recteur de l'université et du Vice-président de l'Eglise du Christ au Congo. Le CPT est une approche de l'homme souffrant dans la totalité de son être, il travaille en connection avec la réalité, à l'hôpital, dans les prisons, en rejoint la souffrance dans l'être congolais. Cette formation à l'écoute peut être appliquée dans toutes les professions à caractère relationnel.
Petit imprévu sur le chemin de Kimwenza à l'Université: une panne dans la roue avant, heureusement ce n'était qu'une crevaison et nous sommes arrivés à l'heure.








Merci Thérèse; tu as pu retracer notre parcours avec le CPT merci une fois de plus tu as été de beaucoup dans la réussite en réconfortant Jean Claude le soutenant a tout moment. Merci pour ton rôle, derrière un grand homme il y a une femme qui fait tout, qui ne se dévoile pas, elle n'en na pas besoin. SON SEUL SOUHAIT LA R2USSITE DE L4OEUVRE ENTREPRIS PAR SON 2POUX; Merci que Dieu t'en rende le centuple de ton action.
RépondreSupprimerMerci Thérèse pour la fécondité de ton blog.
RépondreSupprimerJ'ai pu voyager avec vivacité à travers les pages de CPT et Accréditation de Kinshasa.
Puisse les linteaux de nos cœurs demeurent ouverts pour l'éternité au règne de notre Seigneur Jésus-Christ.