5 décembre
Après un très bon voyage, dès l’atterrissage, à 18h30, on encaisse les 30° et l’humidité ambiante. C’est la première fois que nous revenons à la saison des pluies et l’organisme doit encaisser le choc de la chaleur humide. Certains quartiers de la ville sont mis à mal par les inondations (les terrains marécageux n’absorbent plus le surplus d’eau de pluie) et certains chemins sont coupés. Nous sommes surpris de trouver un nouvel aéroport complètement neuf, une organisation impeccable (8 guichets d’enregistrement alors qu’à Paris il y en avait un seul). Accueillis par le responsable de la formation CPT au Congo, Alfred Mbuta, nous sommes conduits chez des amis qui ont accepté de nous héberger. Ils nous attendaient pour le jour suivant! Occasion de se mettre à" l’heure de Kinshasa", de prendre place dans l’imprévu et d'attendre patiemment quelques heures que la chambre soit prête et se coucher vers 23h30, reconnaissants pour le toit qui nous abrite.Vendredi les contacts sont rétablis : Jean-Claude, son collègue et Alfred passent la journée à la présidence de l’Eglise tandis que je retrouve Arobase, notre ami potier, fondateur du Centre d'initiation aux arts pour les enfants de la rue. Il est descendu du Mt Gafula où il est entrain d'implanter son ONG et exulte de joie en nous retrouvant. A midi Alfred nous fait manger dans un restaurant grec histoire de nous faciliter la transition.

J’avais émis le désir d’acheter des T-shirts pour les enfants du Ciarue et le chauffeur d’Alfred me conduit au grand marché sans que je réalise que c’est là qu’il me menait. C’est un endroit que je crains car il faut se faufiler au milieu d’une foule en ébullition où tout le monde crie et se bouscule. En sortant de la voiture je pose le pied sur un carton qui recouvrait une flaque d’eau et me casse la figure. Après j’avance encadrée par mes deux guides et tout se passe bien.
Samedi Jean-Claude et moi partons au Mt Gafula, grâce à la gentillesse d'une amie, Nsimba, qui nous a mis son chauffeur à disposition pour la journée. Deux heures de route avec Arobase. qui nous laissent le temps de parler et de comprendre comme les choses évoluent pour lui. Il a gardé sa maison-atelier en ville et y a installé deux jeunes potiers, Hira et Stoney. qui s'étaient formés avec lui. Il a rassemblé le salaire de trois mois, acheté un congélateur et installé là une boutique de vivres frais qui marche bien. Il a décidé que cette boutique servait à l’autofinancement du Ciarue.
Arrivée à la parcelle du Mt Gafula à travers bouchons et chemins ravinés. L’endroit est plein de verdure. Les enfants nous ont accueillis avec des chants et des danses, nous avons pu voir ensuite comment ils sont entraînés à se partager les tâches et préparer leur repas, pendant que nous discutons sous un arbre de la gestion du Centre et de tout ce qui est à mettre en place pour que l’activité prenne de nouvelles racines.



6 décembre
La nuit il a beaucoup plu, et l’atmosphère est un peu rafraîchie. La pluie a le pouvoir magique de marquer une pause dans l'activité fébrile de la ville. Nous avons pu nous excuser pour le culte, sentant le besoin de ce jour de récupération.
7-8 décembre
Chaque fois que je retrouve Kinshasa je suis interloquée, je me demande comment est-ce poossible de vivre ici dans une population de 10 millions de personnes? Au début, je ne vois que les routes encombrés de déchets, les embouteillages, rien de beau…
Et maintenant je reconnais qu’il y a des belles grandes avenues dignes d’une capitale, et je découvre entre les ruelles de terre battue, les routes défoncées, des petites oasis de beauté et de verdure. Surtout depuis que nous sommes arrivés ici à Kimuenza, à un jet de pierre de la ville, dans le monastère des Comboniens, au milieu d'une belle végétation, bien entretenue. Ce matin, le concert des oiseaux du ciel était divin.Je suis toujours choquée par ces contrastes. Pourquoi la foule s’aglutine-telle dans l’enfer de la ville, dans la course effrénée pour la survie alors que la terre aux alentours est fertile et pourrait produire tout le nécessaire ?
Un père du monastère où nous séjournons m'explique ce matin: l'africain est dans la matrice du "chasseur-cueilleur" son mode de vie c'est la chasse pour la survie et non le travail et la culture du sol. Partout où il est, il chasse son "gibier" - quelle que soit son activité. Tandis que nous occidentaux sommes dans la matrice judéo-chrétienne qui travaille, transforme, domine la matière.
C'est dans la rencontre-confrontation des différences que jaillit vie. « Afrique tu m’as fait marcher d’un pas à nul autre pareil. " J'apprends peu à peu à me connecter à cette réalité en me distanciant de ma tendance naturelle à vouloir apporter des solutions, en acceptant la réalité et mes limites.
9 décembre

Hier une nouvelle visite au Mt-Gafula pour traiter les nombreuses questions liée au lancement des activités. L'une d'elle est la recherche de résistances pour le four de poterie. Arobase a l'idée de passer chez Maître Liyolo, le sculpteur le plus marquant d'ici qui pourrait nous indiquer un fournisseur. Par chance notre chauffeur le connaît car il a travaillé pour lui. Nous entrons dans une propriété qui ressemble à une grotte, habitée par 4 crocodiles et quelques belles sculptures. Le Maître est absent mais son intendant rit en entendant notre requête: " Les résistances, c'est justement notre problème numéro 1 en ce moment, nous en cherchons partout en vain." Il nous promet pourtant de nous donner des nouvelles quand leur recherche aura progressé.


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