Retour à la fournaise
La semaine au monastère a été un moment régénérant dans une nature pleine de merveilles en même temps qu'un moment historique pour l'établissement de la branche congolaise du CPT et des moments de fraternité exceptionnelle.Un jour un père combonien m’approche en me demandant « Vous connaisez le moringa ? » Je lui réponds oui avec enthousiasme Il me conduit au jardin potager et me fait découvrir la plantation qu’il supervise et promeut autour de lui. Il me raconte en détail comment planter et exploiter cet "arbre miracle" aux vertus purificatrices et guérissantes. Je me promets de faire tout mon possible pour transmettre les graines qu’il m’a données et d'encourager Arobase à les planter vers sa maison. Ce sera une pharmacie vivante et une ressource alimentaire bienvenue pour les enfants.
Nous avons suivi de loin les négociation de la COP 21 et avons vu avec soulagement qu'une grande avancée se fait dans la prise de conscience de notre responsabilité à l'égard de la terre et des générations futures. Je porte en moi une parole citée par Joanna Macy dans " Ecopsychologie pratique".
« De quoi avons-nous besoin pour sauver notre monde ? demandèrent les disciples de Maître Tich Nat Hanh. Ils attendaient qu’il identifie les meilleures stratégies pour entreprendre une action sociale et environnementale. Mais Tich Nhat Hanh répondit : « Ce dont nous avons le plus besoin c’est d’écouter en nous les échos de la Terre qui pleure. »
Me permettre de sentir ces souffrances, m'ouvrir à la douleur, sans avoir de réponse ni de solution, est aussi quelque chose que j'expérimente intensément cette année à Kinshasa.
Au moment de quitter et de rejoindre le monastère a ville surpeuplée, déstructurée, embourbée, engorgée, envahie des gaz et de déchets, mon cœur est angoissé.
J'ai rendez-vous avec le comité du le comité Ciarue à 17h. Nous avons attendu Arobase bloqué dans les embouteillages pendant une heure. Se mettre à l’heure congolaise est un exercice constant. Eux, quels que soient les retards, ils ont le sentiment que le temps est avec eux et c'est apaisant de le sentir.Pendant le temps d'attente, les membres présents expriment leur dépit pour leur situation matérielle , pour la corruption généralisée qui freine toute initiative en faveur de la vie. Les détournements d’argent dans les service publics et les ministère sont devenus la norme. Résister à cette tendance peut être lourd de conséquences. (Ce qui est étonnant c'est que dans la vie, nous rencontrons beaucoup de personnes engagées, croyantes et honnêtes. Et que malgré les conditions difficiles les rires et la blagues fusent facilement).
Immersions dans le monde des grands.
La fascination pour la peau blanche - jeune ou vieille - opère toujours ici et nous ouvre des portes inattendues que nous ne demandons pas mais qui font partie de notre statut. Dimanche soir nous avions reçu l’invitation du 2e vice-président de l’Eglise du Christ au Congo à l’hôtel du Fleuve, pour fêter le titre de Docteur honoris causa qu’il vient de recevoir. On a écouté tous les discours en mangeant des plats délicieux. Nous étions à table avec le Cheik musulman de Kin et un couple de missionnaires américains.

Un autre jour on était invités à la présidence de l'église protestante qui nous a décerné un diplôme d'honneur pour notre statut d' "amis du Congo" dans le cadre de la concertation de la société civile. Un peu cocasse pour nous. Ce qui a le plus intéressé Jean-Claude c'est de serrer la main du fils aîné de Patrice Lumumba!

La chaleur pèse sur nos corps et parfois on a l’impression de porter au moins 200 kg sur les épaules. Pour Jean-Claude, Klaus et Alfred, les démarches et les rencontres de consolidation de la structure congolaise CPT continuent et moi je me concentre à régler le plus possible de questions pratiques avec Arobase. Nous avons visité quelques personnes de référence à l'Académie des Beaux Arts, j'ai passé à l'Ambassade Suisse pour déposer le dossier du Ciarue avec une demande de subventionnement des frais d'investissement. Accueil prometteur. Pour la comptabilité, un membre du comité va assister Arobase et nous avons trouvé une amie suisse qui jouera le rôle de vérificatrice des comptes. Un vrai soulagement.
Nous avons de nombreuses occasions de passer des moments fraternels et de partager des repas préparés avec amour par des amis.
Nuits moites et chaudes
Les impressions emmagasinées me réveillent parfois la nuit. J'ai mal pour le peuple confronté à des conditions si pénibles. Les pensées s'agitent comme des oiseaux en cage, la tête devient une jungle pleine de bêtes sauvages. Les espérances d'un avenir meilleur de nos jeunes années sont envolées. La situation matérielle évolue vers le pire et les conditions risquent encore de se péjorer encore. A bout de ressources, l'oiseau des pensées noires se laisse tomber et, par grâce, se retrouve dans le sein de la Mère du monde:
Sentir ma peine, porter ma part de douleur, sans amertume, avec espérance, comme la femme en gestation. Attendre avec patience. Noël approche: "
Un amour tombé en terre est devenu racine de lumière.
Pour soulever le monde au-dessus de l'immonde"
Francine Carillo
Le Souffle d'Amour plane sur le chaos. Un monde nouveau est en train de naître. Le chant des anges "Bienveillance parmi les hommes et paix sur la terre." nous annonce le Libérateur, le Christ venus dans la faiblesse qui revient en gloire.



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