vendredi 2 août 2013

Dans le berceau de l'humanité


Jeudi 1er août

Dans le "berceau de l'humanité"

Même si de loin je donne l’impression de travailler intensément en fait, ici à Goma, j’ai pas mal de temps tranquilles, lorsque je reviens du pavillon du Healing Art. Ainsi je me suis enfin mise à lire le livre
« L’homme qui répare les femmes" de Colette Breakman. La complexité du drame qui se déroule à l'Est du Congo (Kivu),  mais aussi la puissence de foi et d’espérance que garde cette population me bouleversent.
Il semble que l'insécurité qui règne ici  est une conséquence indirecte du génocide rwandais de 1994 qui a vu les génocidaires en masse se réfugier au Kivu, tout en gardant toutes les caractéristiques d’une armée. Ils s'y sont retrouvés côte à côte avec des anciens réfugiés tutsis ce qui a encore attisé les tendance à la violence. Après différents épisodes, ils se sont mis à semer la terreur dans la région. Le groupe rebelle M23, qui est le plus fort, semble être fortement soutenu par le Rwanda. Il est impliqué dans la filière d’extraction minière pour acheminer les minerais vers les pays voisins. (Ils ne sont pas les seuls à tirer profit de cette guerre puisque des entreprises suisses notables sont dans la chaîne des exploitants).  Il y a là des intérêts puissants qui entrent en jeu. Le témoignage des atrocités subies par certaines femmes fait dire au Dr Mukwege : « C'est pire que bestial, car les animaux ne se comportent pas avec autant de cruauté, c’est diabolique ». Cette lecture des événements fait sens pour moi : 

Quand l’acte destiné à transmettre la vie dans l’amour est utilisé intentionnellement pour détruire, cela ne peut être qu'un mal absolu.  Le fait que cela se passe dans cette partie du continent que les paléontologues désignent comme le "berceau de l’humanité" m'interroge. Je suis concernée par ce qui se joue ici, concernée et aussi appelée, peut-être, à prendre position d’une manière ou d’une autre – par la prière en tous cas – pour faire barrage à cette folie.

2 août

En kiniarwandais, en swahili et en français

Au pavillon de Healing Africa, hier, nous avons travaillé avec un potier rwandais qui nous a rejoints en moto pour nous enseigner son savoir-faire. Ainsi nous étions ensemble autour de l’argile en vrac : congolais, rwandais, suisse,  à donner forme à la terre – chacun dans sa langue : kiniarwandais, swahili et français!


C'est bien la façon la plus efficace pour pétrir la terre
Le travail à partir d'une toupie creusée par le haut


Derniers moments autour de la table au  centre du Heanling Arts
3 août

Orage et bruits dans la nuit 

Alors que l’ultimatum de la Monusco a expiré et que tous les groupes rebelles doivent déposer les armes dans une périphérie de 30 km autour de Goma, le M23 reste très arrogant et se dit prêt à se battre. Vu qu’il est soutenu clandestinement soutenue par le gouvernement rwandais, il se sent peut-être assez forts pour résister…ce qui peut faire craindre une escalade de la violence. Mais ici les chrétiens prient et croient à une intervention divine. Ils aspirent tellement à la paix.

Cette nuit je dormais seule dans la concession, un immense orage a éclaté, dans la nuit il y avait des bruits de voix, de pas, les chiens aboyaient et je me suis réveillée la peur au ventre. Alors que les doutes m’assaillaient je me suis rappelée :« Je suis ici à cause de mon espérance » Espérance en la Vie qui transcende la mort. Quelle voie trouver entre passivité, les vains "c'est affreux" pour ressentir  une indignation qui intègre la pensée : « Seule l’innocence, l’'agneau' en nous, peut venir à bout de la méchanceté, de la bêtise et de la mort et l’élever dans une lumière qui transcende tout jugement. » L’Agneau en nous: la conscience que Jésus a porté, porte, traverse toute souffrance, qu’il n’abandonne aucune de ses créatures.  Pour le moment, nous reconnaissons sa façon d’être présent dans la résilience des victimes, dans la compassion des soignants. Mais  nous avons soif de voir son règne, vainqueur des forces destructrices, se manifester sur la terre.

Aujourd’hui cérémonie de clôture de la formation des aumôniers. Demain arrivée de nos enfants : Myriam, Timeo, Naomi avec Emmanuel et Arnaud ! Quel événement. Par prudence, Laurent ne viendra pas.Puis, mardi,  c’est nous qui passerons la frontière, d’un pays que nous aimons vers l’autre.


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