lundi 29 juillet 2013

Un tout autre monde


27 juillet

Retrouvons le fil
…le fil d’Ariane entre Kinshasa et Goma. Comme je vous le disais, j’avais une certaine appréhension pour emprunter cette ligne à l’intérieur du pays. Ne pouvant m’accompagner dans le hall réservé aux voyageurs, mes amis n’avaient eu d’autre recours que de confier la tâche à un passeur qui se présentait là. Il a pris mon passeport et mon bagage et m’a ordonné de rester sur place, alors qu’il disparaissait dans la foule des passagers qui se pressaient bruyamment aux différentes guichets. Après quelques minutes je ne le voyais pas revenir. Tout à coup j’ai réalisée que j’étais là, seule, sans papiers, sans bagage complétement démunie. J'étais très impressionnée par cette situation et en même  je me sentais debout, comme un arbre et je savais que rien ne pourrait m'arriver. En effet après 5 minutes le monseiur est revenu et tout s’est arrangé, moyennant quelques taxes supplémentaires.

Dans l'avion j'ai lu un article qui résume bien le drame qui se joue autour de la ville de Goma - à lire si vous avez le temps: "Au Kivu on viole en silence".
Le volcan ...dont la dernière érruption en  
 a laissé des grades traces dans la ville
J’ai donc découvert à l’arrivée cette ville où Jean-Claude séjourne depuis un mois. On nous a tout de suite conduit au centre de Heal Africa pour me mettre en contact avec les femmes qui seront mes vis-à-vis pour l’atelier dans le pavillon Healing-Art, où vivent les femmes violées en voie de réhabilitation. Elles ont l'occasion d'apprendre différents métiers en couture et décoration. Dr Jo a insisté pour que je leur apporte la poterie en plus. En une semaine je ne peux donner qu'une toute petite amorce. J'ai insisté pour qu'une potière locale soit engagée avec nous.



« Défrichez-vous un champ nouveau! Il est temps de chercher le Seigneur. »Osée10/12. Cette parole reçue dans un courrier de ma belle-soeur Simone tombe bien. Je me sens projetée dans une situation que je n’ai pas choisie. Dans mon coeur,  je suis encore avec mes amis de Kinshasa. Aujourd’hui je prends une journée de transition, au centre d’hébergement de notre ami, Dr Jo. Et puis, je négocie, marchande avec le Maître : 'Tu m’envoies dans un nouveau champ, d’accord, mais je demande une chose : Toi, prends en mains de manière décisive les dossiers de Kinshasa, surtout, Père, accorde un terrain, une maison aux enfants de la rue, et la mise en service du four de poterie à l’église. '





Accueillis dans le guest house du Dr Jo
nous reprenons des forces dans un endroit
magnifique au bord du lac Kivu
 

29 juillet

Temps de transition
C'est bon d'avoir eu le week end pour me plonger dans la réalité d'ici avant d'entrer en contact avec le travail de réhabilitation des femmes violées. "Les viols auxquels les maris, les voisins, les enfants sont souvent obligés d'assister se déroulent sans autre motivation que de faire souffrir, humilier, terroriser. Au Congo, le corps de la femme est devenu le champ de bataille d'une guerre à "basse intensité"
Colette Breakman."


Récit rédigé par une conseillère HealAfrica
"C’était vers 13 h00 à Walikale, pendant la guerre. Cette victime était dans sa maison avec son mari. Ils ont vu les militaires qui entraient dans leur maison. Ces FDL ont pillé tout dans la maison, ont tué le mari de cette femme, et ont brulé la maison puis ils ont amené cette maman dans la forêt. Là, ils ont lie ses bras et ses pieds, l’ont agressée en la frappant sévèrement et en lui brisant l’os de son poignet. Puis ils l’ont violée tour à tour, l’un après l’autre. Quand l’un quittait son vagin, ils faisaient passer un habit dedans. Le 6e FDLR a fait la sodomie sur cette maman. Elle était restée dans la forêt et elle a trouvé un bon samaritain qui l’a déliée et l’a amené à l’hôpital a Itebero à Walikale. Là bas, elle a été opérée deux fois mais ça ne va pas. C’est pourquoi l’hôpital nous l'a transférée pour les soins spéciaux et l’accompagnement psychosocial. Quand nous l’avons reçue ici à l’hôpital, elle était vraiment traumatisée, elle n’avait pas la force de parler et de narrer son histoire. Elle pleurait et sa respiration était anormale. Elle avait déjà développé la cardiopathie à cause des soucis. Nous les conseillères, nous l’avons soumise aux exercices de dédramatisation et la mettre à une position qu’elle veut. Ces exercices sont des massages au niveau des pieds, des mains. Ce massage est accompagné de paroles d’encouragement. Enfin notre malade a déjà repris la vie et elle-même nous raconte son histoire. D’ailleurs pendant la séance de massage elle avait commencé à raconté son histoire et elle avait rit, nous lui avons donné à boire. Elle avait très bien pris du thé. Maintenant elle a récupéré et son état de santé, et son mental s’améliore."

Healing art

Le pavillon du Healing Art tient une bonne place au centre de réhabilitation. Les femmes sont enthousiastes pour commencer la poterie et je suis persuadée que cette activité va être thérapeutique pour ces femmes blessées au plus profond de leur être.
Ce matin j'ai été chaleureusement accueillie. Nous avions invité une Maman qui fabrique des braseros en argile. Elle a montré le pétrissage de l'argile et la fabrication du brasero avec un grand savoir-faire. Quand je lui ai demandé qui lui avait enseigné cela, elle m'a répondu: 'La famine'...elle voulait dire que c'est le besoin de nourrir sa famille qui l'a engagée dans cette activité.






Ce qui est infligé aux femmes et à la terre est proprement insoutenable. Ce sont des réalités dont je n'aurais jamais voulu être témoin et que j'avais éloigné de ma conscience.
Le travail de l'argile avec les femmes convalescentes a du sens et est porteur d'espoir.




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