lundi 22 août 2022

Retour au Congo


Après 5 ans d'échanges à distance, il était temps de retrouver nos amis du Ciarue  à Kinshasa. L’histoire de notre partenariat est avant tout l’histoire d’une amitié née d'une passion commune pour l'enseignement des arts aux enfants démunis. Les retrouvailles avec Christopher Kazadi, dit Arobase, son épouse Thérèse et leurs enfants Schwab-Kazadi, Catherine et Crispin  furent joyeuses.

Tout cela avait commencé par un coup de coeur, en 2011 quand je suis entrée dans la cour du jeune potier Arobase Kazadi et que j'ai découvert ce qu'il faisait avec les enfants de son quartier , en les accueillant et en leur enseignant bénévolement la poterie. Avec l'aide de quelques amis il a pu fonder en 2012 l'Asbl CIARUE  "Centre d'initiation aux arts pour les enfants de la rue ", ajoute des cours d'alphabétisation, etc,  et nous avons avancé a leur côté.

En 2017, grâce a un don, le Ciarue a pu s'installer dans la grande maison, qu'il occupe actuellement près du fleuve. De notre côté, en Suisse, nous avons créé une association de soutien "As'ciarue".  En 2021 nous avons été reçus comme membre de l'association neuchâteloise de coopération Latitude 21. Ce soutien nous a encouragés à donner une structure plus clair et à passer du statut de Centre de loisirs à Centre de formation aux arts et métiers.

Arobase a su s’entourer d’une équipe de formateurs, et encadre un groupe de 15 jeunes nouveaux chaque année qui vont suivre pendant 2 ans les cours d'art, d'alphabétisation, de couture. Ils seront ensuite accompagnés pour se lancer dans l'activité qu'ils auront choisi: arts plastique ou couture. La transparence de la gestion, les rapports mensuel nous motivent à continuer à marcher avec eux.

Normalement le gouvernement devrait soutenir ce type d'engagement. Malheureusement la société congolaise se désintéresse d’une œuvre comme celle-ci, qui représente pourtant une voie pratique et concrète de donner à la jeunesse dépourvue de tout,  les outils pour prendre leur vie en mains.

Retrouver Kinshasa est un choc culturel et émotionnel permanent :

« Parmi les mégapoles africaines qui grossissent chaque année sans savoir comment accueillir leurs nouveaux habitants, Kinshasa est la plus folle. Des monceaux d’ordures qui fondent au soleil, des torrents de boue quand il pleut, des boulevards en surchauffe sous l’air tropical conjugué à la pollution du trafic, des hordes d’enfants des rues qui côtoient des millionnaires en 4x4 à vitres fumées, et la foule, toujours, partout, affairée à chercher de l’argent, des solutions, mais jamais de repos. La suractivité de « Kin » défie le sens, autant que le chaos urbain aux conditions extrêmes où vivent, ou plutôt survivent, les Kinois, champions africains de la résilience."

Notre première sortie en arrivant devait évidemment être vers Mazal, quartier à proximité du fleuve pour rejoindre nos amis du Ciarue. Après une heure et demi pour un trajet de 10km dans les embouteillages, la récompense c’est la petite Catherine, 2 ans, qui me saute dans les bras. Le grand frère Schwab-Kazadi, tout fier qui montre comment il sait écrire son nom. L’épouse d’Arobase, Maman Thété, discrète et belle qui règne sur sa maisonnée et le grand sourire d’Arobase heureux de nous accueillir

Passer sur l'autre rive

Très vite nous partons visiter le champ acquis sur l’île où Arobas rêve de redémarrer le projet agricole. Providentiellement nous sommes accompagnés par un agronome qui constate que la terre est belle, noire, fertile. Il dit que ce lieu est un excellent endroit pour développer une activité génératrice de revenus.    


Deux jours plus tard l'agronome nous apporte un projet chiffré pour relancer les cultures et installer un poulailler. Les travaux commencent tout de suite. Photo ci-dessous, l'agronome obsevant champ de tomate à côté de notre terrain. Vision d'avenir


 Quand la maisonnette en construction sera terminée, elle pourra accueillir quelqu'un qui a la passion pour l’agriculture, qui est honnëte et qui est prêt à entrer dans l’esprit du Ciarue pour co-gérer le projet avec nous. Tous les samedis on se rendra ensemble sur l'île, les jeunes prêteront main forte et se formeront.

 

Le Congo est un pays à fort potentiel agricole, avec des terres fertiles et un climat chaud et humide. Mais les populations ont abandonné la culture et cherche l'avenir la vie citadine. La grande partie de la nourriture est importée. Dans une ville menacée de famine, le champ d’un hectare que le Ciarue a acquis est prometteur comme lieu de formation des jeunes car l’agriculture urbaine est un moyen de résilience pour des populations précarisées.


Trois semaines plus tard 

C'est étonnant comme, malgré la lourdeur des infrastructures et de la société, quand on est en contact avec des personnes animées par un souffle d'amour, l'impossible devient possible.

Du 15 au 19 août, le Ciarue organisait un séminaire sur les plantes médicinales
animé par une formatrice qui a un vrai don pédagogique:  Wivine Ngudie. Elle a fait  des parallèles entre la médecine occidentale et la médecine traditionnelle, en montrant les avantages et les points faibles des deux côtés.
La première journée était consacrée à l'artemisia, une plante-vedette qui soigne la malaria, la grippe, le covid. C’est une minuscule graine et le semis demande un grand soin.
Le deuxième jour était consacré au moringa, le troisième à la confection des tisanes et baumes qui soignent les bobos les plus courants.

Le quatrième jour, c'était la sortie vers l'île. cette fois on a dû emprunter la pirogue car les pluies ont commencé en amont. Sous la direction de l'agronome,  qui a tenu ses promesses, fait la planification des cultures et du futur poulailler, les choses ont bougé, des ouvriers agricoles sont venus tracer les plate-bandes, la maisonnette est presque achevée.




 Ah ce qu'on respire bien ici, loin de l'air  polué et des embouteillages! Quel plaisir de voir le petit Schwab-Kazadi empoigner la houe et retourner la terre et toute l'équipe se réjouir et découvrir cette belle terre accueillante. 

 

 

 

 

 

Le dernier jour du séminaire a été consacré a faire nous  des semis en sachets et en sacs potagers. Tout ceci pourra être mis en pratique par les apprenants autour de leur lieu d'habitation

 

 

 

 Je suis une artiste

Marie-Thérèse est une femme qui a participé au séminaire. Elle est toute menue mais en se présentant elle me regarde fièrement dans les yeux et me dit : « Je suis une artiste ». Elle s’est redécouverte artiste le jour où son fils, en formation au Ciarue, a rapporté le vase qu’il avait modelé et un peu d’argile à la maison. Instinctivement elle l’a prise en main. Un souvenir lointain s’est réveillé dans sa mémoire : le geste des potiers dans son village, les casseroles qui sortaient de leur mains. Ces gestes, ses mains les ont retrouvées et elle vient maintenant faire cuire ses oeuvres au Ciarue avant de les exposer devant chez elle. Elle suit le cours des médecines naturelles avec une soif évidente de se remettre au monde en s’inspirant des traditions vivantes que le monde moderne a oubliées..

 

 

La semaine d’initiation aux terres sigillées (une technique de décor ancienne avec des matériaux disponibles ici) m’ont permis de me concentrer dans ce lieu où je me sens bien, chez moi, entourée d’une intensité de vie faite de lenteur et de liens simples.

 

Chaque jour Maman Thété, prépare à manger pour une vingtaine de personnes, accroupie devant ses braseros. C’est une excellente cuisinière et, avec des repas simples , elle m’a fait aimer la cuisine congolaise, qui est encore meilleure quand on le mange juste avec la main. Après c’est encore elle qui fait la vaisselle, tout en s’occupant de ses trois enfants et en tenant la boutique de vivres frais.


 

Le dernier matin 5 jeunes des débuts sont venus visiter leur maître d'autrefois. Je les avais connus enfants, ils sont devenus des hommes et pratiquent tous ce qu’ils ont appris chez Arobase. On a vécu un moment célébratif en s'accompagnant avec les instruments rythmiques. J’ai été saisie par la force et la beauté de leurs voix. C’est impressionnant, cette capacité de chanter et d’exprimer leur joie de vivre malgré leurs vies difficiles. Comme la plupart des gens, ils vivent dans la précarité. Ils n’ont par exemple pas les moyens de rassembler la garantie qui leur permettrait de louer un atelier collectif et travaillent dans des conditions difficiles, sans possibilité d'exposer leurs oeuvres.  Comme beaucoup de jeunes ils sont freinés dans ce qu’ils pourraient entreprendre dans cette société qui semble indifférente à leurs besoins.

 
Que votre courage, vos talents, votre jeunesse vous aident à surmonter tous les obstacles !

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