Nous sommes le 20 septembre, il est 22heures, je suis assise dans l'avion et reprends mes esprits en notant ce qui vient de m'arriver.
Dans ma vie j’ai souvent couru pour attaper un train et j’en
ai râté plus d’un...Mais je n’ai jamais vécu un départ comme ce soir. L’avion
décollant à 22h et il était recommandé d’être à l’aéroport à 20h. Alfred, très
confiant, pensait que c’était assez tôt de partir à 19h parce qu’il a fait la
route en 35 minutes hier. Mais aujourd'hui le trafic est dense et à mi-chemin on arrive dans le
bouchon le plus bouché que j’aie jamais vu. Jusqu’à 21h15 on avance au pas, au milieu de 7 files de véhicules parallèles, dépassés par les marcheurs qui ont quitté leur taxi-bus et ont préféré continuer à pieds. Les minutes passent.
Phares, klaxons, gaz d’échappement remplissent l’atmosphère. Nous restons
calmes. Tout à coup Alfred nous dit que la batterie ne répond plus. Le
temps d’un éclair j’imagine que nous restons là, bloqués pour la nuit, loin de
l’aéroport, loin de la maison… Mais des passants nous poussent et nous
redémarrons. Finalement nous arrivons à Ndjili 21h35. Le hall est vide mais
deux employés nous voient débarquer et crient : « Vite, vite,
l’embarquement est en train de se terminer. » Ils nous prennent en charge
pour les différentes formalités, passent devant nous pour les taxes, le contrôle
des bagages, des passeports. Ils nous accompagnent et me tirent littéralement
jusqu’à la passerelle. Je l’escalade et m’affale sur mon siège. J’ai juste le
temps de faire un SMS à Jean-Claude :
- Un ange m’a amené dans l’avion.
Il répond : Oui il y en avait même plusieurs.
Moi : Qu’ils vous accompagnent sur le chemin du retour. (Je savais que ce n'était pas gagné d'avance).
Lui : En fait ils voyagent avec nous !
Je ne sais pas si c’est à prendre au propre ou au figuré. Je
me réjouis de savoir. Mais il est temps de couper les appareils électroniques...
Durant ces 6 semaines à Kinshasa, j’ai fait l’expérience que
nous sommes capables d’endurer beaucoup plus que nous ne pensons, quand nous
avons fait le pari de saisir le risque que la vie nous propose. Par exemple,
rester presque calme dans une situation d’impasse comme tout à l’heure à l'écoute de la petite voix qui dit: « Nous sommes dans l’impasse et pourtant nous
passons… »
Beaux moments d’adieux aujourd’hui avec Arobase et Blaise en ville,
les stagiaires au monastère, Alfred à l'aéroport. Le courant d’amour passe. Kinshasa c’est vraiment le
ciel et l’enfer dans un même lieu. Et
toujours à nouveau elle nous lance le défi de lire la Présence dans les situations qui me
paraissent les plus infernales.
Malgré la peine de quitter les amis et de
laisser Jean-Claude qui n’était pas trop en forme aujourd’hui, je suis
reconnaissante de retvenir à la maison. Mais je sais bien que le Congo restera toujours mon deuxième port d'attache.
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| Le saut est fait, mais mon coeur a définitivement deux ports d'attache. |
Il a été tellement précieux de vivre tant d'expériences en vous sentant présents à mes côtés, tellement précieux de savoir que vous existez. A bientôt, Thérèse

Un vif merci, Thérèse, pour toutes ces émouvantes nouvelles.
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