dimanche 9 septembre 2012

Tu peux me suivre, je fais des petits pas


 - « Tu peux me suivre, je fais des petits pas »

En juin, lors d’un w-e de Marche et méditation à Adelboden, au pied d’une montée vertigineuse qu’il s’agissait d’escalader, alors que je me disais que je n’en avais ni la force, ni l’envie,  une marcheuse a passé devant moi et m’a dit : « Tu peux me suivre,  je fais des petits pas. » Au même instant mes forces se sont rassemblées,  j’ai emboîté son pas, et en me concentrant uniquement sur le pas qui venait prendre le relai du précédent,  je suis arrivée au sommet comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.  Et j’ai su que cette expérience était l'image de ce qui m'attendait à Kinshasa.


En effet, Quelqu’un marche devant moi, et fait des petits pas!
La lenteur est présente chaque jour. La première cuisson du four, c’est encore et toujours « Demain !» Maintenant tout est prêt mais aujourd’hui le quartier était dépouvu de courant. Ce n’est pas grave en soi mais ennuyeux car il y a des résultats que j’attends pour la suite à proposer à l’atelier et le temps commence à devenir court. Pour moi qui ronge souvent mon frein,  c'est surréaliste d'être entourée de personnes qui ne sont systématiquement pas en lutte avec le temps et qui prennent les événements comme ils se présentent.

Dimanche 2 septembre, Jean-Claude a prêché au culte du Campus universitaire,  notre paroisse d’autrefois que nous ne reconnaissons pas tant elle a grandi mais où nous rencontrons des personnes vraies, engagées, vivantes. En plus nous étions accueillis pour le week end chez Hélène Alemussey.

Lundi était  une journée glauque pour moi. J'accuse un peu le coup, quand je me retrouve seule en ville. Pourtant nous avons fait des rencontres étonnantes :  Rigobert Kobele, le prof d'alphabétisation,  est venu avec un ami pasteur scout,  qui accueille dans sa parcelle des enfants de son quartier pour des activités éducatives. Et ils veulent nous faire profiter de leurs relations ! Ce sont visiblement des hommes qui réalisent un rêve personnel.  Mardi soir ils nous ont invités chez Martia,  une amie qui travaille à l’Ambassade du Brésil. Femme au grand cœur elle a tout de suite dit à Arobase qu’elle serait prête à payer pour construire un toit de tôle pour le travail des enfants.





Mais actuellement dans sa parcelle les enfants sont mis quotidiennement  sous pression par le voisin qui ne peut pas les supporter.  Il devient de plus en plus évident qu’il devra se délocaliser.

La seule expo de l'atelier, pour l’instant est au bord de la rue. Les grottes il les fait avec des cailloux qu’il agglomère à l’aide de plastic fondu de vieilles chaises qu’il allume ! On aime ou on n’aime pas le côté kitch des grottes. Mais ici il semble que ça plaît !












Ce qui m'a remis d'aplomb jeudi,  c'est la renconte avec les Femmes soutien de famille qui cultivent leur jardin autour de l'église. Il s'agissait de leur apporter le matériel acheté au nom des amis de St-Blaise. 



Le responsable de l'activité a profité de l'occasion pour convoquer un ingénieur en agronomie qui leur a donné des conseils pratiques élémentaires pour obtenir un meilleur rendement. Visiblement les femmes manquent d'encadrement. Voici un grand carré d'amarante malade où l'on décèle un mauvais rendement, des maladies dues à des erreurs. Avec peu de moyens serait disposé à leur donner le goût de bien préparer les plate-bandes et d'enrichir de façon biologique, etc.







Vendredi 7 septembre,  journée nationale de l’alphabétisation, j'étais invitée par M. K qui voulait  me faire rencontrer les Ministre des affaires sociales! Peu convaincue,  j’y suis allée en me disant que si ça pouvait ouvrir une lucarne pour Arobase il fallait le faire. Je ne me suis vraiment pas sentie à ma place,  dans ce monde  de "complet-cravate-discours-cocktail." D’ailleurs le ministre des affaires sociales n’était pas là. 


Samedi 8 septembre
Mon royaume il est de terre et de création. Et ce dimanche les deux fours ont fait merveille. Hier soir je trouvais dans ma boîte ce message d'Arobase au comble du bonheur:
"Bonsoir, mère Theresia nous avons bien fixé les fusibles, c’est déjà en place et je branche pour tester les résistances. Je vois que ça marche bien! tellement bien! Et je vais débrancher à 22h42 et demain matin après le défournement je vais passer chez toi pour prendre tes casseroles pour les enfourner. 
MERCI SEIGNEUR DIEU DE TA PRESENCE DANS NOTRE CENTRE ,AUSSI POUR LE BON MATERIEL DU FOUR REPARE .Ca me fais du bien de voir que le four est en marche et aucun problème. MERCI SEIGNEUR. "Arobase

Et aujourd'hui le four de l'église a enfin reçu le courant assez longtemps pour faire la cuisson. Qu'allons-nous découvrir demain en défournant!?!

9 septembre : Jean-Claude n'a pas beaucoup de temps pour écrire dans le blog. Voilà juste un petit échantillon de ce qu'il racontait tout à l'heure à ses enfants:

"Me voici dans une heure "suspendue" en l'air et gratuite. Il est 9h moins 10 et je devrais prêcher aux cultes de 8h30 et de 10h30, mais j'attends toujours le véhicule du pasteur. Ah mais j'entends justement la voiture qui vient. Alors je m'empresse d'y aller.
.....
A 18h: Nous sommes donc arrivés au milieu du 1er culte; il restait encore bien du temps avant ma prédic ! Pendant le début du 2ème culte on nous épargne le long temps d'intercession où tous prient en même temps avec une musique de fond à "décorner les boeufs" ou bien une autre longue prière au micro qui couvre les autres. Pendant ce temps nous pouvons nous entretenir avec un pasteur responsable de passage. Le 2ème culte s'est terminé à 13h15 ou 30. Thérèse avait eu le loisir de s'endormir pendant la prédication ! Ceci dit il y a une joie belle qui se dégage de ces cultes. On attend ensuite le repas à 6 dans une petite bicoque attenante près de l'église, puis on va visiter le four qui vient d'être enclenché pour a 1ère fois.

L'autre jeudi matin maman était pour la 1ère fois au monastère (pour la nuit). Elle a été impressionée par les histoires bouleversantes et révoltantes que je lui avais racontées et que j'avais apprises des stagiaires, de ce qu'ils ont vu et vécu aux Cliniques Universitaires (p.ex. la vue insoutenable de ces jeunes mères qui sont "emprisonnées" à l'hôpital, jusqu'à ce qu'elles aient pu trouver les finances pour payer les frais de leur accouchement; et dont les bébés sont gardés "en otage" sans qu'elles puissent les voir, sinon juste pour les allaiter, sous surveillance) Sachant que nous entraînons spécialement les aumôniers-stagiares à une approche de la souffrance qui ne cherche pas immédiatement des solutions, elle m'a dit : on ne peut être témoin de telles situations sans faire acte d'indignation.



Tout ici est intense, bousculant, déboussolant et ce qu'il y a de plus beau, ce sont les enfants.
Voilà les merveilleux enfants du concierge  qui animent la cour devant ma porte de leurs jeux, de leurs cris et de leurs pleurs.

Je vous laisse en leur compagnie!



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Ilôt de création lumineux

A Kinshasa, beaucoup d'incertitudes en ce mois électoral, beaucoup de défis pour un peuple qui aspire à la fin de la guerre qui sévit ...